Tram et pluie…

tramJe cours, je cours sous la pluie, mon sac serré contre moi, mon parapluie bringuebalant de ci de là, pour attraper le tram. Je trouve une place assise et pousse un soupir. Ce n’était pas vraiment nécessaire que je me dépêche, j’aurais pu prendre le tram suivant, je ne suis pas en retard. Mais la perspective de rester debout sous la pluie, sur cette mince bande de trottoir, entre les voitures et les taxis filant à toute allure sur la route mouillée, ne m’enchantait guère.

Ayant repris ma respiration, je regarde autour de moi. Le tram est presque plein. Je repère tout de suite un jeune homme un peu grassouillet, assis quelques sièges plus loin de moi. Il est totalement absorbé par le gros livre qu’il tient ouvert sur ses genoux ; un Ipod et des écouteurs aux oreilles, il est complètement coupé du monde. Il est à la fin du livre, il ne lui reste plus que quelques pages. Et ça a l’air drôlement passionnant. De temps en temps, il lève le visage vers les gens qui l’entourent et les considère avec cette expression qu’on a lorsqu’on revient de très loin. Le regard un peu vague, un peu ahuri, à côté des choses.

Lorsque je tourne la tête à droite, mon regard est attiré par une Indienne, assise le visage tourné vers la vitre. Elle porte un sari fleuri sous son imperméable court et un foulard dans les cheveux du même tissu. Un mouvement imperceptible de ses mains posées sur ses genoux attire mon attention. Un mala aux perles de jade se cache timidement entre ses doigts. Une à une, très lentement, les perles roulent et défilent sous ses doigts. Elle a les yeux ouverts sur le spectacle de la rue, mais manifestement, son regard est tourné vers l’intérieur où son esprit répète inlassablement une suite de mantras comme une prière. Elle tourne la tête vers moi et je reçois en pleine figure son visage illuminé par une joie profonde, le point rouge entre ses deux sourcils, comme un petit soleil. Elle aussi est dans un autre monde, une autre réalité.

Mes yeux voguent du jeune homme grassouillet perdu dans sa lecture à la jeune femme illuminée conduite par sa prière silencieuse. Je suis bien contente d’avoir couru pour monter dans ce tram. Il s’y passe des choses. Bien sûr, il se passe toujours des choses pour peu qu’on veuille bien ouvrir les yeux. Mais j’aime particulièrement tomber sur ces occasions qui me révèlent cette multitude de mondes, de réalités parallèles.

Le tram s’arrête à Leidseplein, l’Indienne se lève et descend, le mala serré bien au chaud dans le creux de sa main. Elle emmène sa portion de soleil avec elle, qu’elle distribuera tout au long de la journée, à ceux qui seront assez ouverts et alertes pour la cueillir. Le jeune homme a fermé son gros livre et l’a rangé dans son sac, comme s’il repliait son autre monde. Il se lève et sort aussi.

Et moi, je vais à mon cours de yoga, et faire naître au fil des postures et de la méditation, un rayon de soleil qui illuminera ma journée. Puisse-t-il aussi éclairer et réchauffer ceux qui croiseront mon chemin aujourd’hui.


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