Matins … et guimbarde

Ce matin, je me suis levée très tard, entendez : 7h45. Un petit vent frais traverse l’appartement, une couverture de nuages permet à la fraîcheur de la nuit de rester encore un peu. Un vrai cadeau après ce soleil implacable de plusieurs semaines….
Tout est calme. Je sors sur le balcon pour observer les oiseaux. Je me prépare un ptit dèj. J’aime les matins, cette tranquillité toute neuve, le corps reposé. Refaire les mêmes gestes, manipuler les objets usuels que j’ai choisis un jour pour leur forme, ou leur couleur, ou leur côté pratique, et qui me suivent le plus longtemps possible.

Le quotidien ne me pèse pas, le quotidien me porte, me rassure et m’aide à apprécier les petites choses. A la manière des chats, je me fabrique des petites routines. Et même lorsque je casse ce rythme pour les vacances par exemple, d’autres petites habitudes viennent faire leur nid pour quelques jours. Ces petites choses répétées ne m’enferment pas, au contraire, elles me permettent de m’envoler plus facilement. Et lorsque je suis déprimée et sans énergie, elles nourrissent la couche la plus profonde de ma personne, celle qui me fait tenir malgré tout ce qui peut arriver.

Alors ce matin, il est déjà 10h30 et nous allons bientôt partir au festival, dernier jour aujourd’hui. Trois heures de mini concerts gratuits qui nous font découvrir la richesse infinie de ce minuscule instrument qu’est la guimbarde. J’aime cette idée : le musicien s’avance sur la scène, complètement vide excepté le micro sur pied. Il sort de sa poche ladite guimbarde (même son nom ne fait pas sérieux), quelquefois, elle est simplement accrochée autour de son cou. Si on est un peu loin de la scène, on ne voit même pas de quoi il s’agit. Il commence à jouer et la magie opère. Jean-Michel Jarre peut aller se rhabiller. Pas besoin d’ordinateur pour produire des sons aussi délirants. Ce métal courbé, cette languette flexible font des miracles.

Muziekgebouw aan ‘t IJ

C’est un endroit insolite, gigantesque et qui au premier abord n’est pas spécialement attractif. Il s’y déroule ce week end un festival international de guimbarde. Nous filons à toute allure à travers la ville sur nos vélos, la liberté sur deux roues…

Nous attachons nos montures au pied de cet imposant édifice et nous gravissons la non moins imposante passerelle qui mène à l’intérieur. Le bâtiment se révèle très intéressant, un univers assez dépouillé de béton et de bois brut. Une structure en métal, des vitres partout, un espace surdimensionné, le tout dominant l’ij, cette « mer » intérieure qui partage Amsterdam d’Amsterdam noord. Une terrasse immense à plusieurs niveaux, tout en bois, plonge dans la mer. L’eau est partout présente, et à chaque passage de bateaux, des vagues qui viennent nous lécher les orteils. Des péniches aussi majestueuses que silencieuses glissent vers la gare et le port plus loin.

Bon, nous sommes venus pour la guimbarde. A l’intérieur, un mini marché propose toutes sortes de guimbardes en métal (européennes) et en bambou ou en laiton (asiatiques). Il y a aussi des flûtes chinoises envoûtantes et toutes sortes d’instruments bizarres qui produisent des sons magnifiques. Il règne une ambiance nonchalante et bon enfant. Evidemment Bagatelle et Pétronille veulent chacune une guimbarde. On a beau leur expliquer que même si cet instrument est vraiment petit, il est encore trop grand pour des souris. Mais je les soupçonne de vouloir les utiliser à d’autres fins que musicales. Robberto craque, il en achète plusieurs. Ces souris sont diaboliques.

Nous descendons plus bas dans une petite salle où on projette un film. J’y apprends beaucoup de choses ; je ne savais pas que ce si petit instrument était aussi répandu de par le monde. Il tient une place inversement proportionnelle à sa taille dans l’univers de la musique. Et je n’avais pas imaginé non plus la variété de sons qu’il peut produire.

Guimbarde … suite
14h Sur la terrasse tout près de l’eau

Il y a décidément une excellente atmosphère dans ce festival de guimbarde. Depuis midi se succèdent sur la petite scène des musiciens tous plus performants les uns que les autres. Ils viennent des quatre coins du monde ; et nous entendons de tout, du plus traditionnel au plus aventureux.

Quelquefois, un artiste a fait une rencontre intéressante au sein du festival, et ils unissent leurs talents le temps d’un morceau. Cela donne un mélange riche et souvent étonnant. Tous ces gens sont simples et sans prétention, ils ne se prennent pas au sérieux. J’apprécie. Les mots humilité et générosité prennent là tout leur sens. La faim nous a tirés au dehors et nous grignotons du riz aux algues et des tomates, les pieds nus au soleil. Liberté et légèreté se donnent la main dans ce lieu qui me plaît de plus en plus. Je suis assise face à l’ij, j’embrasse toute la ville d’un seul regard, et j’éprouve ce sentiment rare et précieux que je ne ressens d’habitude qu’à Houat, le sentiment d’être vraiment là où je dois être. Merci Amsterdam…

14h15 A l’intérieur

Un trio époustouflant se produit en ce moment, trois jeunes Français qui jouent de la musique du Rhajastan. Je me suis toujours sentie assez proche de la musique indienne, mais là, je sens des petites ailes à mes pieds qui me portent loin. La guimbarde me révèle l’ampleur de ses possibilités et je suis assez ébahie. A 15h30 un film…

17h Après

Ce road movie commence en Autriche et accompagne deux musiciens, un Suisse et un Japonais, de la Sibérie au Japon. Pas de dialogue, des solos de guimbarde et des images plus parlantes que n’importe quel texte. Même les grands interprètes qu’on peut apercevoir tout au long du film, ne jouent pas le premier rôle. Seuls comptent l’amour et la passion que tous partagent pour cet instrument. Nous sortons de là la tête pleine d’images, des grands espaces de Sibérie et de Mongolie à la verticalité japonaise, mais aussi tous ces visages, ces yeux bridés et ces sourires…

Fin du festival, nous restons un moment encore à regarder la baie noyée de brume. Et oui, il a plu, assez violemment ; la pluie a cessé et la terre exhale la chaleur sous forme de vapeur. Nous reprenons les vélos et roulons avec bonheur dans les rues ; ça sent bon.


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