Les arbres…

hiverElle a erré une partie de l’après-midi, dans les rues sales et enneigées de la ville. S’est perdue dans le vertige de la foule et des images sans cesse renouvelées. Un pied après l’autre sur l’asphalte glissant de neige mourante. La tête pleine des lumières de Noël approchant, et pourtant si sombre.

Activités fébriles et mirages. Bruits mélangés et omniprésents. Elle a cherché à saisir l’instant présent, à accrocher et arrimer son esprit en plein désarroi au fil de la minute qui s’écoule là maintenant. En vain. Ses idées l’ont entraînée sur la pente glissante du noir futur, le fil s’est cassé. Souffrance, vacarme des idées folles qui s’entrechoquent sans repos.

Besoin de marcher, de mettre un pied l’un devant l’autre quoiqu’il arrive. Elle entre dans le parc. Quitte le désordre, la fébrilité et l’impatience. Elle n’en a pas encore conscience. Simplement cheminer sur le sentier plein de neige tassée. Elle fait des petits pas, toute occupée à ne pas glisser.

Et puis soudain, le silence lui tombe dessus. Plus exactement, le crissement de ses chaussures dans la neige, ce bruit caractéristique, mat, un peu rugueux, rythme ses pas et sa pensée. Elle coule dans son corps et dans ses jambes. Ce petit bruit humble et magique la fait glisser au plus profond d’elle-même, jusque dans le secret de ses cellules. Ce petit bruit magnifie, habille le silence.

Elle s’arrête et prend conscience du changement d’atmosphère. La ville est loin. Pas de voitures, pas de lumières, presque pas d’humains, pas de vitrines, pas d’objets. Pas de mouvement. Les arbres sont parfaitement immobiles. Les branches dénudées et noires se tendent vers le ciel sombre où flotte l’étoile polaire. Les arbres ont quelque chose à lui dire. Dans sa tête, le vacarme des idées a cessé.

Silence. Deux mots se détachent et résonnent dans le vide.
Simplicité, amour. Elle tourne sur elle-même, embrasse l’horizon noir. Tout est totalement immobile. Les arbres lui chuchotent « simplicité », « amour ». Quelque chose se desserre dans sa poitrine. Le cœur s’étire et accueille les mots. La souffrance, la peine, la pesanteur se délitent dans l’air laiteux et froid de cette fin d’après-midi d’hiver.


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